--------Déjà le matin, enfin, personne ne le sait vraiment. Il y a bien longtemps qu'on ne voit plus le ciel ici. On le devine, et on suppose que le jour s'est levé derrière les nuages sombres et glauques de pollution qui plonge la cité dans l'ombre. Quand j'étais jeune, on pouvait voir le soleil, même le bleu du ciel, les nuages n'étaient pas de vulgaires masses nauséabondes. Depuis cette catastrophe humaine, oui, humaine, on ne voit plus rien. Comment avons-nous survécus ? Grâce à des cités dites « bulle », nous sommes des animaux en cage, derrière des murs de béton grisonnant, sous un dôme impénétrable. Les Hommes ont développés un générateur capable d'assainir l'air mais dans un champ d'action limité, des constructions fragiles et instables, qui ne peuvent que maintenir l'air des cités. Il ne reste qu'une cité, Ecopolis n°708, la Citée des Survivants, aussi appelée « L'Immortelle ». Les autres, elles sont mortes, les générateurs ont rendus l'âme, ou la surpopulation à engendrer le chaos. Nous, notre heure approchait à grand pas, brandissant au dessus de nous la grande faux, celle qui nous fauchera tôt ou tard.
--------Je me lève, et je m'étire péniblement, la lumière bleue des néons de la cité rayonne à travers mes rideaux. Oui, les néons sont bleus à présent, une nouvelle forme d'énergie qui produit de la lumière facilement, mais celle-ci est bleue. Aujourd'hui, l'air semble respirable, le générateur semble fonctionner à plein régime. Pour nous, les Survivants, c'est une belle journée. J'ébouriffe mes cheveux, mes yeux s'habituent à la lumière, si on peut encore appeler ça de la lumière. Autrefois, la lumière était blanche et chaude, elle glissait sur le visage des gens comme une bénédiction quotidienne, à ce moment là, on ne savait pas encore ce qui allait se passer, et si nous avions su, nous aurions pris conscience à quel point la lumière nous était précieuse. Elle existe toujours, mais elle est sale ou artificielle, les démons sombres, qui volent au-dessus de nos têtes et nous menacent constamment, ne laissent pas passer la lumière blanche. Juste quelques rayons sombres et verdâtres. Je soupire, les jours passés résonnent constamment dans ma tête, et d'un pas nonchalant, je me dirige vers la salle de bain. Une douche rapide, très rapide, l'eau est limitée. Même si les plantes ont disparues. Chaque foyer possède un volume d'eau fixe, qui sera recyclé, tout le temps. Aujourd'hui, ma douche est longue, je profite, pour la première fois depuis longtemps. J'enfile un peignoir, et je me regarde dans le miroir. Qu'est ce que j'y vois ? Une femme, aux traits tristes et tirés, la mine sombre et blafarde. Pourtant, elle n'est pas si laide, elle est même jolie. Mais les épreuves de la vie l'ont épuisée, elle n'est plus que l'ombre d'elle-même au fond. Elle est triste, joliment triste. Sans m'attarder, je m'essuie soigneusement, je coiffe mes cheveux courts, et je m'habille, une tenue de motarde, cuirassée, rouge et noire. Aujourd'hui, c'est un grand jour. Je me maquille, un beau rouge pulpeux sur mes lèvres, de la poudre sur mon visage, du noir sur mes yeux, un peu de mascara. Il y a bien longtemps que je ne me suis pas maquillée. Je me dirige vers la cuisine, je prends un morceau de pain, ou plutôt, ce qui ressemble à du pain, sauf que celui-ci à un goût horrible, il est complètement artificiel, c'est immangeable, mais nous n'avons que ça. J'attrape tout aussi rapidement mon casque et une vieille écharpe grise, elle est parsemée de tâches rouges, je n'ai jamais eu le courage de les enlever, ces pois rouges, et je descends l'immeuble.
--------Dehors, Ecopolis se réveillait doucement, sortant de la torpeur de la nuit. Les gardes faisaient déjà leur ronde. Ecopolis, c'est une bulle de béton et d'alliages, une synthèse de métaux, de plastique, et de pierre. C'est petit, les immeubles sont donc tous édifiés en hauteur. Les quartiers sont en hauteur, et en dessous c'est le vide. La Cité est calme, les gens ont peur en réalité, car si vous ne payez pas les taxes, et si vous désobéissez aux règles, vous êtes exécutés. Ce sont des prétextes pour éviter la surpopulation, car si tout le monde vivait, il n'y aurait plus assez d'air. Ils tuent arbitrairement, juste pour faire survivre les plus riches. Les pauvres meurent lamentablement. Telle est la loi d'Ecopolis n°708. On se déplace dans des planeurs, ce sont des voitures à la technologie particulière, elles peuvent voler à plusieurs mètres de hauteur. La route est donc aérienne, c'est l'autoroute du ciel. Les piétons et autres véhicules possédant des systèmes anti-gravitationnels peu puissants, planant à quelques centimètres du sol, circulent sur la voie terrestre. J'enfourche ma moto, il est temps de partir. Ce rugissement, cette sensation de liberté et de vitesse, le vent, des sensations uniques à la moto. C'était lui qui m'avait initié à ça, un véritable mordu de la route. Avant, il m'emmenait derrière lui sur les routes, au soleil couchant, juste pour sentir tout ça. Lorsqu'ils nous ont enfermés dans les Ecopolis, il était avec moi, il m'a soutenu jusqu'au bout. Lui, c'était un oiseau libre, un sang chaud qui ne voulait que vivre sa vie sans contraintes. Il avait besoin d'espace et de grand air, il vivait comme le vent lui disait de vivre, et il n'avait pour amour que moi et sa moto. C'était un Homme, un vrai, celui que j'aimais. Pourquoi tout me revient maintenant ? Juste à cet instant, là, au moment où je roule dans les rues d'Ecopolis, vers cette tour centrale, cette édifice principale. Peu importe, il est mort à présent, et ma vie, mon bonheur, ma joie avec. Je suis morte il y a un an, jour pour jour. Il y a un an, ils sont venus chez nous, eux, les gardes pour le prendre. Ils l'accusaient de gérer une organisation de rebelle, prêt à renverser l'autorité d'Ecopolis n°708. C'était vrai, il voulait juste la liberté, il voulait trouver une solution à tout ça, à la pollution, à notre mort universelle qui approchait à grand pas. Mais eux, ils n'y ont vus que du fanatisme, ils avaient peur, peur de ne plus contrôler la population. Ils ont été exécuté, tous, lui et ses amis. Depuis je ne vis plus, je survis.
--------Mais aujourd'hui, c'est un grand jour, c'est l'anniversaire de sa mort. Attends moi encore un peu mon Amour, bientôt nous serons réunis à jamais. Déjà je passe l'arche, celle de la Tour principale, le c½ur de la Cité : l'antichambre du générateur. Je suis déjà poursuivi par les gardes, ils n'ont rien vu venir, c'était complètement imprévisible. Je fonce déjà vers la salle du Générateur, la porte principale se referme lourdement, très lentement. Il est déjà trop tard, pour eux, mais pas pour moi. Ma moto passe la grande porte, la machine du diable est devant moi. Une machine imposante mais fragile, un C½ur défaillant et incomplet, qui n'attend que sa mort, le Générateur. Mon Amour, aujourd'hui je vais mettre fin à notre prison, aujourd'hui, je vais enfin te retrouver. Désolée, j'ai mis un an à comprendre ça, mais j'ai dû puiser le courage de le faire. Ma moto finit sa course folle dans le Générateur, qui vola en éclat, dans un nuage de flamme et de fumée, et dans une série d'explosions, il brûla. Aujourd'hui, c'est un grand jour, le jour de ma mort, et des retrouvailles avec celui que j'aime. La pollution pénètre déjà dans la cité, les cris de la population commencent, c'est la fin. Tout est fini. Moi, je gis au pied de la machine détruite, la vie me quitte, ma peau me brûle, mais j'entends encore le désespoir et les cris d'effroi de la cité, ils ne savent pas leur chance, je leur ai juste offert la liberté ... Mon Amour, il me tarde le moment où tu me serreras encore dans tes bras pour l'éternité, ton visage se dessine dans ma tête, j'ai trop attendue. La Mort me frôle, elle touche mon corps, bientôt tu seras là avec moi. Mais je ne pouvais pas mourir sans les entraîner dans ma chute, dans notre chute. Je me rappelle encore, lorsque tu leur criais au visage cette phrase aux accents de reproche : « On vous l'avait bien dis de préserver votre Planète ! »
Kaelis
Note :
Ce texte est une Nouvelle que j'ai écrit pour un devoir de Français
Le sujet de l'Invention était "On vous l'avait bien dit de préserver votre Planète !"
J'ai été récompensé d'une très bonne note, c'est une petite fierté !
J'espère que vous avez apprécié.
Lieux et Personnages inspirés du film "Wonderful Days" de Kim Moon-Saeng
"City of the Future" by Blackangel559, DeviantART